Le vaste territoire de la Chine n’est que le reflet de la grandeur idéologique de son esprit expansionniste qui a marqué toute son histoire à travers ses conquêtes et ses guerres, mais aussi à travers ses constructions titanesques qui parsèment la culture chinoise et qui restent aujourd'hui les seuls témoins de cette histoire. La Grande Muraille de Chine est la représentation même de cette grandeur et de cette puissance.
Longue de 6700 kilomètres, le « Mur des dix mille Li » (1 li = 500 mètres), comme l’appelle les Chinois, est une merveille architecturale et militaire dépassant l’entendement, ce qui fait de cette muraille la plus grande fortification jamais réalisé par l’homme. Son immensité n’a d’égal que l’ingéniosité de sa structure. Elle se compose de tours de défense de plus de 15 mètres de hauteur (environ 15000 unités), du chemin de ronde où les patrouilles circulaient pour surveiller les frontières et qui font 5 mètres de large pour 8 mètres de hauteur en moyenne, des tours d’alarmes censées propager un message ou prévenir les postes éloignées d’une attaque faisant de la muraille un des meilleurs réseaux de communication de l’époque ; Tout au long de la muraille, on retrouve aussi des fortins, ces petites villes abritant des garnisons de soldats et qui se trouvaient à des endroit stratégique pour renforcer la défense ou pour ravitailler les tours des alentours en vivre et en armes ; et enfin, les passes : ce sont des portes qui permettent de laisser passer les flux migratoires de l’empire, situées à une vingtaine de kilomètres des grandes. Ce sont également les endroits les mieux gardés et protégés de la Muraille où les structures sont beaucoup plus évoluées que sur n’importe quel autre portion car le risque est plus immédiat pour défendre une porte qu’un morceau de muraille.
Digne de figurer parmi les travaux d’Hercule, la Grande Muraille a été bâtie des siècles et des siècles durant, permettant à cette construction continue dans le temps de donner naissance à un mélange des matériaux qui ont évolué de plus en plus. Ainsi, nous ne retrouvons pas les mêmes matériaux d’une portion à une autre de la muraille et au fur et à mesure de l’évolution des matériaux, la muraille a été construite encore et toujours plus solide qu’auparavant, améliorant sans cesse sa résistance. La muraille laisse ainsi découvrir des portions plus ou moins fortifiées. Certaines portions ne comprenaient que la terre et le bois, certaines s’alliaient avec la pierre et laissaient place à une construction pavée, d’autres encore se consolidaient avec du mortier. La muraille est également extraordinaire car elle se marie parfaitement à la nature avoisinante. Effectivement, lors de sa construction, les matériaux utilisés devaient se situer dans les environs pour gagner du temps et on retrouve ainsi les mêmes composants naturels d’un milieu. Dans les alentours du désert de Gobi par exemple, la muraille ne se compose que de terre, de sable et de roseaux alors que dans les endroits montagneux, on retrouve du granit et d’autres roches pour former les parois ou les bases de la muraille. Par ailleurs, le tracé de la Grande Muraille a profité du relief déjà existant comme les montagnes et les hautes collines ; à certains endroits de la Muraille, celle-ci n’est présente que pour fortifier ou rendre habitable un relief qui faisait déjà obstacle aux tribus et peuples extérieurs.
Aujourd’hui, la Grande Muraille est devenu un site touristique à visiter impérativement mais elle a eu des rôles plus nobles d’un aspect plus utilitaire dans l’histoire. Ainsi, elle a permis de défendre et de protéger « l’Empire du Milieu » des différentes invasions des peuples avoisinants, faisant rempart et obstacles aux très nombreuses tentatives ; Elle devint également une donnée importante de la « Route de la Soie » qui permit de protéger et de faire fructifier le commerce sur cet axe, mais aussi les champs et les villes qui ont été développées à l’intérieur des murs tout comme les châteaux forts en Europe mais d’un point de vue plus gigantesque. La Muraille a donc permis de développer certaines régions du territoire qui étaient jusque là faiblement peuplée.
Pourtant, la Grande Muraille traîne un autre record moins honorable, celui du plus grand cimetière humain, faisant référence aux millions de morts qui ont été « nécessaires » à sa construction (environ dix millions de morts selon certaines estimations). Si aujourd’hui on admire le monument et la vue qui surplombe les alentours, le spectacle lors de sa construction est tout autre, laissant place à un tableau de désolation, de souffrance indescriptible, et enfin, de mort. Mort de fatigue et d’épuisement, de faim ou tout simplement à cause du manque de sécurité et des risques encourus, la Grande Muraille de Chine est le fruit d’une persévérance transmise de génération en génération au fil des siècles et qui a réuni des personnes de statuts différents. Effectivement, de l’esclave au soldat, en passant par des citadins, des paysans ou encore des prisonniers, cette muraille a bel et bien réuni tout un peuple se relayant jusqu’à la mort.
La reconnaissance de cette fortification a dominé l’esprit chinois depuis longtemps mais son importance a dépassé les frontières de la Chine et le monde entier contemple aujourd’hui ce monument, classée par l’UNESCO comme patrimoine mondial depuis 20 ans et récemment classé parmi les sept nouvelles merveilles du monde. L’endroit attire chaque année de plus en plus de touristes qui veulent fouler le pied sur cette architecture. Elément de fierté pour bon nombre de personnes, la Grande Muraille est aussi un lieu de pèlerinage pour beaucoup qui viennent se recueillir un moment et rendre hommage aux âmes des « victimes » de la Muraille. Découvrir la Muraille de Chine, c’est se lancer le défi de marcher sur les pas de ces guerriers Chinois qui n’avait qu’une idée en tête, défendre l’Empire et l’empereur. Un premier défi étant de gravir, ou plutôt d’escalader, les milliers de marches qui composent le monument. Un deuxième défi étant de se frayer un chemin entre les milliers de touristes. Et enfin, un troisième défi étant de s’imprégner de l’esprit originel de la muraille en fermant les yeux et en oubliant un moment les tours devenus magasins de souvenirs, en faisant le vide pour ne plus entendre la foule et entendre les pas rythmes de pas des gardes faisant leur ronde. Relevez ces défis et vous reviendrez avec plus qu’une simple photo sur la muraille ou un simple objet de décoration car vous pourrez criez fièrement : « J’ai gravit la Grande Muraille ». Voilà la vraie beauté de l’endroit, symbole culturel de tout un peuple.

